Qualité de l’eau : pas de confusion entre ressources en eau et eau potable

Publié le dans Eau du robinet, Santé.

Dans un numéro récent, France-Soir m’a interviewée sur la qualité de l’eau. Titre de l’article: “On ne meurt pas en buvant de l’eau polluée en France”. Alors que le Forum mondial de l’eau s’est tenu mi-mars à Marseille, une étude d’UFC-Que choisir a , récemment,  passé au peigne fin la qualité de l’eau en France. Selon elle, près de deux millions de personnes recevrait une eau non conforme aux réglementations car trop polluée. J’ai tenu, dans France-Soir, à nuancer les conclusions de cette enquête en répondant aux questions de Maxime Ricard.

France-Soir. Comment expliquer que dans un pays comme la France, il y ait près de deux millions de personnes qui boivent de l’eau polluée ?

Marillys Macé. Tout d’abord, je pense que l’UFC-Que choisir n’a pas voulu dire dans son enquête que l’eau est de mauvaise qualité en France. Ils ne remettent pas en cause la qualité de l’eau. Pour preuve, ils précisent bien que 97,5% des Français ont accès à une eau potable. 97,5% c’est tout de même un chiffre rassurant. Je pense en fait que leurs propos était d’alerter sur l’état des ressources en France. Et pour que les médias ressortent l’information, il est plus facile de cibler son propos sur le chiffre de 2 millions de personnes qui boivent de l’eau polluée. Cela dit, il y a toutefois des nuances à apporter à cette étude, même si je ne remets en aucun cas en cause le constat d’une certaine eau non conforme en France. La première est de préciser que ce chiffre est celui d’une population qui a été exposée au moins une fois à de l’eau polluée. Et non constamment. Donc cela relativise quelque peu l’impact. Les 1,8 million de personnes qui boivent de l’eau polluée ne le font pas 365 jours dans l’année. Ensuite, il faut faire une comparaison entre le chiffre de cette enquête et celui de 2003. Cette année là, il y avait 5 millions de personnes confrontées à un problème d’eau non conforme. Il y a donc des progrès. On avance.

F-S. Les résultats détaillés montrent que l’agriculture est la principale cause de pollution (à l’origine de 70% des pollutions de l’eau). Qu’en est-il exactement et pourquoi ?

M.M. Le problème des nitrates, sélénium et autres pesticides est connu depuis des années. Les risques sanitaires des ces produits sont connus de tous. Mais de la même façon, je tiens à apporter des informations supplémentaires à ces chiffres. La plus importante est de dire que la présence de ces composantes se fait en faible dose. Il faut arrêter avec les messages alarmistes. On ne meurt pas en buvant une eau du robinet non conforme en France. On n’est même pas malade. Ensuite, il faut expliquer que pour l’aluminium par exemple, la quantité retrouvée dans l’eau est beaucoup moins importante que celle que l’on retrouve dans le thé ou le lait. Il y a bien d’autres aliments ou liquides qui sont plus fournis en aluminium que l’eau. Et c’est la même chose pour les pesticides. Il y en a beaucoup plus dans les fruits et légumes que dans l’eau.

F-S. Le traitement des eaux est responsable d’un tiers des pollutions alors que la population paye pour avoir une eau potable. Comment justifier pareille situation ?

M.M. Une fois de plus, il faut préciser que bien évidemment que les pollutions rencontrées ne sont en rien comparables avec celles directement à la source. Rassurons les Français, le traitement des eaux fonctionne bien en France. Cela dit, quand il y a une contamination bactériologique cela peut effectivement être dû à un problème technique. Les explications en sont multiples. La principale, comme bien souvent, est un manque de moyen. Manque de moyen financier, humain, etc. Mais d’un autre côté, si les maires demain multiplient les moyens de lutte contre les pollutions d’eau cela va se ressentir dans les tarifs. Et cela la population n’en a peut-être pas envie. Il est difficile d’aller vers du 0% de pollution. Tout est une question d’équilibre en fait, de juste compromis. Satisfaire à la fois l’agriculture qui doit produire et les populations. Ce qu’il faut c’est protéger les ressources à la base. Il faut une ressource en bon état. Et pour cela, il faut que les politiques arrêtent de faire du curatif et fassent plutôt du préventif. Sur le long terme, les coûts en seraient en plus certainement moindres.

F-S. Un mot sur les requêtes faites par UFC en conclusion de son enquête. Sont-elles réalistes ?

M.M. Mais l’UFC ne fait que exiger des choses demandées depuis bien longtemps. Et de toute manière l’UFC n’est pas la seule à le dire. Le Conseil de l’État lui-même dit la même chose. Il n’y a rien de révolutionnaire. Depuis 15-20 ans, on n’est pas sans rien faire. Il y a une police de l’eau qui existe en France. Elle peut verbaliser. Mais elle manque de moyens. Il y a 750.000 agriculteurs en France pour seulement 1.000 personnes qui peuvent verbaliser.”

En somme, l’eau c’est clair mais très compliqué.

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